Qui vivra, verra…

Qui vivra, verra…

GAURAMerci la vie de m’accorder cette journée merveilleuse ! Quelqu’un de l’extérieur pourrait ne pas saisir en quoi elle est merveilleuse : pas de gain à la loterie, pas de vente mirobolante de tableaux… En somme, rien d’extraordinaire qui mérite de l’enthousiasme. Oui ! Pas évident à saisir… Elle est merveilleuse, car pas une once de douleur à l’oeil droit ! Ce qui me permet de peindre… Youpi !!! D’accord ! J’ai la joie facile. Il faut dire que je reviens de loin…

La consultation du 24 janvier ne s’est pas passée comme prévue au CHU de Montpellier. Sur la convocation, il était indiqué une consultation à 9h00, suivi d’un examen anesthésiste à 11h00. Jusqu’à la veille, je ne voulais pas y aller. L’idée du laser m’était insupportable. « Vas-y quand même, ma petite ! Ecoute ce que le professeur a à te dire. De toute façon, il ne va rien te faire demain. Il va juste te présenter l’opération du laser. »

Au réveil, l’oeil droit était rouge. Il se maintenait péniblement ouvert.

Au lieu d’une parlote, l’oeil droit subit toute une batterie d’examens sans ménagement… Qui dit CHU, dit étudiants… « Madame, gardez votre oeil ouvert ! Vous compliquez l’examen, qui n’est pas douloureux ! ». Sur un oeil sain, sans doute ne l’est-il pas. Mais avec une pression à 34 ce matin-là, le moindre souffle est une torture… Pour finir, après quatre heures de mains en mains, échographie… Avec des écarteurs de paupières, à vif. J’ai bondi en pleurs hors de la table d’examen à la pose de l’engin barbare. Je n’ai pas vu à quoi il ressemble, mais il fait affreusement mal. On aurait dit que l’oeil se faisait ouvrir avec un scalpel. « Soyez courageuse, madame ! ».

Le professeur, je l’ai eu en face de moi quelques minutes à la fin des examens, le temps de m’expliquer que le laser ou l’ultra-son ne donneront pas de résultat. Il faut envisager une chirurgie, sans trop de détail… L’infirmière me fixe une date d’opération au plus tôt le 13/02. La matinée se termine à 13h30, par une anesthésiste d’une humanité à faire pleurer. Enfin, quelqu’un qui me considère comme une personne à part entière. Je n’ai cessé de lui dire merci. Elle avait une façon douce de poser des questions. Elle a du vécu. Elle me comprenait. « J’ai été endormie une fois pour être opérée de l’appendicite. Mais il s’est avéré que ce n’était pas de l’appendicite. Alors, j’ai dû être de nouveau hospitalisée… En tout, j’ai eu trois hospitalisations dans ma vie… Sinon, j’ai eu des pertes de connaissance quand je me suis fracturé le crâne et autre bras cassé. C’était pendant la guerre. Pas d’hôpital. Ce sont les cataplasmes d’un guérisseur et autres techniques de ce style qui ont aidé à la cicatrisation. » L’année de mon opération d’appendicite, elle y était justement dans le pays, à la sortie de la guerre… A la fin de la consultation, elle me dit : « C’est loin le 13/02. Le professeur vous a donné de quoi calmer les douleurs d’ici-là ? » « Non ! » « Je vais lui faire un message pour qu’il vous libère une place plus tôt. Vous ne pouvez pas rester comme ça ! »

Dans les heures qui ont suivi, de la tête aux pieds, le corps exprime le traumatisme subi. Pas beau à voir du tout…

Finalement, j’ai renoncé à l’opération, pas dans ces conditions, en tout cas. Ce n’est pas une chirurgie anodine. Elle présente des douleurs post-opératoires et nécessite un suivi très régulier sur une certaine période. J’ai envie d’une équipe compétente, compréhensive, disponible… Le rythme effréné à l’hôpital ne permet pas d’être aux petits soins pour chaque patient. C’est un constat. Mais la vitesse et la précipitation peuvent aussi conduire à des ratés. J’ai encore en tête l’aventure arrivée à Roger cet automne. Lui et sa femme, Margaret, sont venus passer des vacances dans la région. Il est tombé à Arles : une jambe cassée. Il se fait réparer à l’hôpital de Nîmes. Au bout de deux semaines, Margaret m’apprend avec excitation que Roger sort de l’hôpital pour aller en rééducation. Mais au lieu de la rééducation, on lui annonce une complication, qui nécessite une amputation… Il a été rapatrié dare-dare en Angleterre pour l’amputation.

Pour l’instant, je prends le temps de souffler, laisser le corps se remettre de ces émotions. Dolorès revient régulièrement pour une visite. Mais ayant connu des douleurs plus fortes qu’elle, je parviens à mieux accepter sa compagnie. Et si jamais, je suis à bout, l’ophtalmologiste m’a indiqué un chirurgien qui pratique dans une autre ambiance que celle de l’hôpital.

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